Au lendemain du 9 juillet, le Soudan du Sud entamera un processus classique de construction d’un État (mise en place de l’appareil étatique, des systèmes juridiques et économiques…) dans un contexte de sous-développement catastrophique (aucun investissement dans les infrastructures routières, sanitaires, scolaires, etc., depuis des décennies). Dès ses premiers pas, ce pays présentera des indicateurs inquiétants d’un niveau jamais enregistré depuis 1945 : les taux de mortalité infantile parmi les plus élevés au monde, une jeune femme de 15 ans a plus de chance de mourir en accouchant que de terminer ses études. Cette situation est en plus aggravée par des mouvements de population de grande ampleur. Depuis décembre 2010, environ 300 000 Sud-Soudanais ont quitté le Soudan du Nord pour rejoindre le Soudan du Sud.
Le Soudan du Sud devra également être attentif aux risques persistants de dissensions internes et veiller à promouvoir le vivre ensemble. À ce titre, le rôle des Églises est précieux. Engagées de longue date dans le processus de paix et ayant toujours eu à cœur la réconciliation entre le Nord et le Sud, elles travaillent à la promotion d’une société multiculturelle.
Par ailleurs, les récents événements au Kordofan du Sud (situé à la frontière entre le Nord et le Sud) et dans la région d’Abyei pointent la faiblesse de cet État naissant qui ne possède pas encore de frontières définitives et stables. Cette situation conflictuelle renvoie plus largement à la question des ressources pétrolières, minières et aux futures relations entre le Soudan du Nord et le Soudan du Sud. Or la viabilité de ce nouvel État sera tributaire de l’établissement de relations pacifiques et durables avec le Soudan du Nord. Il est ainsi nécessaire pour la communauté internationale, dont la France, de poursuivre les efforts pour maintenir un cadre global de négociation entre les deux États et pérenniser une présence militaire des Nations unies pour garantir la sécurité des populations nord et sud-soudanaises.
Au lendemain de l’indépendance du 9 juillet, si les regards seront naturellement dirigés vers la République du Soudan du Sud, dont la population attend avec impatience les dividendes de la paix, le Nord ne doit pas être pour autant oublié, tant les foyers de tensions et de violences, au Darfour notamment, restent préoccupants. Le Soudan du Nord devra redéfinir son unité politique, sociale et économique après la perte d’un tiers de son territoire. Dès lors, nos quatre associations et leurs partenaires soudanais insistent sur la nécessité pour ces deux États de maintenir le dialogue et la coopération.
Les associations chrétiennes signataires de l’appel :
Secours Catholique - Caritas France
Service protestant de mission - Défap
Justice et Paix - France
CCFD - Terre Solidaire